Gbagbo et le FPI : un pouvoir qui n'est jamais responsable de rien
La Côte d'Ivoire doit absolument honorer le rendez-vous du 30 novembre 2008, fixé par le gouvernement pour abriter les élections présidentielles. Ne serait-ce que pour tourner la page la plus honteuse de son histoire, celle de la "refondation".
Du début à la fin, Laurent Gbagbo et son parti n'auront jamais pu prendre conscience de la notion de responsabilité. Déjà, au début, Laurent Gbagbo avait reconnu être parvenu au pouvoir dans des conditions calamiteuses (sic!). Cette formule lui revient à la bouche lorsqu'il est incapable de résoudre un problème d'état, c'est-à-dire assez souvent. Son mandat aura beau être élastique, il n'apprendra jamais le contenu du mot responsable.
Voici un président qui ne sait que promettre, et dont le parti ne manque aucune occasion de battre la pavé afin de... revendiquer. Non à tout, oui à rien, telle semble être la devise de nos refondateurs. Quand ça ne va pas, ils ne prennent aucune décision pour corriger le tir: ils préfèrent protester (?!?). C'est plus facile, n'est-ce pas? Lorsqu'il signe un accord de sortie de crise, Gbagbo s'empresse de renier sa signature. Même les accords politiques de Ouagadougou qui étaient, selon lui, le seul accord librement décidé et signé entre des Ivoiriens, Gbagbo ne manque aucune occasion de leur marcher dessus. Aux dernières nouvelles, il s'apprêterait à remanier son gouvernement et à mettre "enfin" en place une équipe avec laquelle il pourrait travailler. A deux mois des élections...
Les accords sur l'exploitation du pétrole ivoirien par les multinationales? Gbagbo les "dénonce" dans ses journaux qui le font alors passer pour un justicier. Pourtant, "c'est lui qui signe"... Les déchets toxiques déversés avec la complicité active des pontes de son parti? Il les "condamne" avec la dernière énergie. Mais évite de les sanctionner. Dans un sursaut d'orgueil - si ce n'est sous la pression de la communauté internationale - la Justice décide de boucler les fossoyeurs de la filière café-cacao. Les "journaux bleus" y voient une démonstration de l'intégrité morale de Gbagbo. Pourtant les Ivoiriens n'ont pas la mémoire courte. N'est-ce pas Tapé Doh, responsable de la Bourse du Café-Cacao, qui a "offert" à grands renforts de publicité 10 milliards de francs au nom des planteurs pour soutenir l'effort de guerre? N'est-ce pas lui et sa structure qui sont le grenier des milices tribales qui endeuillent le sud du pays? Le fait qu'il se retrouve en prison n'est-il pas un désaveu du Front populaire ivoirien?
Hier, il avait la solution au problème de l'école ivoirienne: 10 petits milliards de francs devaient suffir à la résoudre. Mais lorsqu'il est arrivé aux affaires, il a transformé l'école en arène où la Fesci, le syndicat quil a suscité, tue, viole et règne en toute impunité. Il refuse également d'assumer la responsabilité de la guerre, de la paupérisation croissante de la population, bref des actes qu'il pose.
Ce sont toujours les autres - la France et l'opposition - les coupables. Avant de s'en prendre aux Français, Gbagbo, son armée et ses miliciens ont fait couler le sang de quantités de Noirs dont la seule faute était d'être étrangers en Côte d'Ivoire. Pourtant il n'a de cesse de chercher à se faire passer pour un leader panafricaniste. Last but not least, voici Simone, la Première dame, qui entreprend une tournée dans la zone non-gouvernementale, et qui ne trouve rien de mieux à faire que d'humilier et de vilipender publiquement les chefs rebelles. L'objectif ici, est de pousser ces derniers à lui faire du mal, ce qui permettrait au FPI de dire que les élections du 30 novembre prochain ne peuvent se tenir pour cause d'insécurité sur les deux tiers du territoire national. Passons sous silence le fait qu'elle ait déplacé des quantités de chars et des centaines de soldats de la République avec elle pour la protéger au cours de cette villégiature... Bien sûr, les Forces nouvelles ne sont pas tombées dans ce piège ridicule. Bien sûr, elle s'est excusée de sa démarche maladroite. Bien sûr, elle n'en est pas responsable. Comme ce pouvoir bancal, illégitime et impopulaire qui doit s'éteindre le 30 novembre 2008, n'est, et n'a jamais été responsable de rien.