Zimbabwe: les balbutiements de la communauté internationale poussent à l'exil le tiers des zimbabwéens
Pauvre Zimbabwe. Ou plutôt, pauvres zimbabwéens. Qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour sortir du bourbier dans lequel les a enfoncé Mugabe. Quel est le rôle de la communauté internationale? Quelles sont les limites du droit d'ingérence? Ceux du devoir d'ingérence humanitaire? Ces questions se posent avec acuité chaque fois qu'un pays est confronté à une crise interne.
Il y a problème lorsqu'un dictateur martyrise son peuple. Dans un premier temps, en interne, le peuple essaie de s'en défaire par la contestation. Lorsque cette contestation est réprimée dans le sang, le peuple se rebelle (cas de la Côte d'Ivoire) ou s'exile (cas du Zimbabwe). Dans les deux cas, il ne peut malheureusement pas compter sur la communauté internationale.
Au Zimbabwe comme en Côte d'Ivoire, Thabo M’beki et l'Afrique du sud sont arrivés en médiateurs avant de prendre fait et cause pour le dictateur contre son peuple. En contrepartie, les sud-africains vendent des armes et s'installent dans l'économie désertée par les pays occidentaux. Par ailleurs, comme on l'a vu la semaine dernière, toute tentative de sanction internationale à l'encontre du régime est bloquée par la Russie et la Chine grâce à leur droit de véto. Ces deux pays, nostalgiques de la guerre froide sont prêts à fournir armes, argent et mercenaires en quantité suffisante pour maintenir le régime sanguinaire qui leur permettra de prendre la place des pays occidentaux trop à cheval sur les notions de démocratie et de droits de l'homme.
Toutefois, les pays qui soutiennent les régimes pestiférés ont ceci de correct qu'ils le font à visage découvert. A l'opposé, ceux qui se font les chantres des droits de l'homme et de la démocratie ne savent que condamner verbalement et voter des résolutions creuses. Pire, alors qu'ils refusent au peuple le droit de se soulever et de renverser le pouvoir qui l'opprime, les pays occidentaux ferment hermétiquement leurs frontières aux populations qui décident d'aller refaire leur vie là où existent les valeurs qu’ils défendent, c’est-à-dire chez eux.
Personne ne vivra éternellement. Lorsqu'un dictateur prend en otage tout un peuple pendant 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans voire plus, ce sont 5 ans, 10 ans, 15 ans ou 20 ans de la vie des enfants, des hommes et des femmes qui partent ainsi en fumée. Chacun d’eux prenant 5, 10, 15 ou 20 ans sur son âge. La solution de l'ONU consiste à leur dire de prendre patience jusqu’à ce que les textes viennent à bout du régime, mais Ban Ki-Moon peut-il rembourser à chacun toutes ces années perdues? Qui pourrait effacer toutes ces années de souffrance et de terreur ? Personne. Alors pourquoi empêcher un bras valide d'aller chercher sous d'autres cieux plus cléments pitance pour nourrir et entretenir les siens? Pourquoi obliger un être humain à souffrir le martyr en l'empêchant d'aspirer à une vie meilleure? J'ai mal au cœur chaque fois que j'apprends qu'une embarcation de fortune a chaviré avec des immigrés clandestins fuyant la Côte d'Ivoire, le Togo, le Zimbabwe, le Soudan... Ban Ki-Moon, Nicolas Sarkozy, Juan Carlos, Angela Merkel, George Bush... ayez pitié de nous.