Blocages répétés du processus de paix - Le poids des parasites dans la politique ivoirienne
Jeudi 24 avril dernier, les partis politiques ivoiriens ont signé un code dit de bonne conduite, en présence du secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon. Il s'agissait pour eux, de prendre conscience des enjeux de l'élection présidentielle du 30 novembre 2008, et surtout du poids de leurs responsabilités dans ce qu'il en découlerait de négatif.
L'intention ici est louable, puisqu'il s'agit de tout faire pour éviter ce qui est arrivé au Rwanda, et plus près de nous, au Kenya. Mais là où la communauté internationale a péché par naïveté, c'est lorsqu'elle a fait appel à des gens qui ne représentent absolument rien sur l'échiquier politique, pour parapher le document.
A moins de penser qu’un maximum de signatures donne de la valeur à un document, on ne s'y serait pas pris autrement... Faut-il mettre cela au compte de l'ignorance de la réalité ivoirienne? Nous ne le pensons pas.
Les parasites de la politique ivoirienne, ce sont ces affamés pour qui la politique se définit comme un moyen de gagner sa vie au détriment de la morale et de la dignité humaine. Dans cette gadoue évoluent des gens sans foi ni loi. Certains sont sans emplois et se complaisent dans cette situation, d’autres sont des has-been qui veulent maintenir à tout prix un train de vie d'enfer, mais tous ont ce trait commun qu’ils sont sans vergogne.
A titre d’exemple, X, actuel ministre de la République, traîne une casserole qui date de l’époque où il n’était qu'un officier municipal. A l’origine de sa richesse subite, un méga-concert au cours duquel devaient se produire des centaines de vedettes internationales de la chanson, et qui n’a bien entendu, jamais vu le jour. Il n’a jamais rendu compte. A la faveur de la guerre, il est rentré au pays, créer un parti politique avec quelques uns de ses anciens employés. Son projet de société : soutenir le président de la République en exercice. Il sait que tant qu’il le fera, il ne rendra jamais compte à la société.
Dans la même veine, on relève des gens dont le quotidien consiste à faire la manche dans les bureaux de la capitale. A l’approche des élections où chaque fois que le pouvoir est ébranlé, ils changent pour le palais présidentiel ou le siège des principaux partis de l’opposition. Ils ne peuvent qu'appeler à voter pour les autres. Trop pauvres pour payer la caution imposée pour les candidats, ils s'inscrivent très tôt dans la "mouvance" présidentielle. Ils n'ont généralement pas de siège ni de militants, encore moins de programme de gouvernement. Tout ce qu'ils savent faire, c'est parler au nom du "peuple" devant des médias complaisants.
L’histoire de ce parasitisme politique remonte aux années 1990, aux dernières heures du parti unique. Le maréchal Mobutu, au Zaïre, a eu droit à la Conférence nationale. L’opposition a la géniale idée de se démultiplier pour se donner plusieurs voix. Ainsi naissent une multitude de partis satellites et de syndicats censés parler au nom de la "société civile". Le pouvoir n’est pas en reste, qui utilise les deniers publics pour racheter ces mercenaires. Quelqu’un avait donné la définition suivante sur les antennes de la télévision nationale : "Le vrai opposant, c'est celui qui mange à la table du Président". Lorsqu'on comprend cela, on a tout compris.
Alors, avait-on besoin de ces farfelus pour signer ce document? Si oui, quelle valeur a-t-il dans ce cas ? Les ennemis de la paix auraient-ils réussi à rouler Ban Ki-Moon dans la farine ?