Côte d'Ivoire: comment un régime qui n’inspire pas confiance cherche désespérément financement pour les élections

Publié le par Dozowoulé

Les élections présidentielles pourront-elles se tenir effectivement le 30 novembre 2008 en Côte d'Ivoire? L’on pourrait honnêtement en douter. Ne serait-ce que parce que les finances que cela nécessite font défaut, si l'on veut bien en croire nos dirigeants. Lors de la récente visite du Secrétaire général des Nations unies, quelques jours auparavant, les médias d'état avaient laissé entendre que le financement des élections était assuré.  Cela n’a pas empêché le Premier ministre Soro Guillaume de s’envoler pour le golfe persique le lundi 28 avril, dans l’espoir de collecter quelques pétrodollars. La vérité est que la sortie de crise coûte cher. C’est vrai. Mais quid de la capacité de nos dirigeants à bien gérer cet argent ?

Leurs qualités de gestionnaires, parlons-en. Quand elle n'est pas utilisée pour acheter des armes afin d’équiper les milices tribales qui soutiennent le régime moribond de Laurent Gbagbo, l’aide internationale est détournée pour construire des châteaux, acheter de grosses cylindrées ou ridiculiser les populations qui ne cessent de s'appauvrir.

Le mardi 22 avril, en fin d’après-midi, le chef de l’état recevait au palais, les « parents » du colonel Mangly, venus le remercier d’avoir nommé « leur fils » Directeur général de la Douane. Parce que, chez nous, ce n’est pas un responsable qu’on nomme. C’est une famille, une tribu, une ethnie qu’on honore. Ce qui justifiera plus tard la reconnaissance du ventre à Gbagbo, et se manifestera par le soutien à son régime. Dans la même veine, c’est à coups de milliards que les meneurs sont détectés et encouragés à faire sortir leurs parents pour venir faire allégeance au chef de l’état. La préférence est portée sur les populations du Nord, de l’Ouest et du centre, les grandes victimes de la politique d’exclusion et de haine du Front populaire ivoirien (FPI) au pouvoir.

La pauvreté en Côte d’Ivoire est devenue endémique. Le 1er mai dernier, un syndicaliste précisait qu’on ne parle plus ici de « panier » de la ménagère, mais plutôt de « sachet »… Les populations défilent donc au palais. Régulièrement. Pour apporter leur soutien au président de la République. En échange de pièces de monnaie sonnantes et trébuchantes. Le pouvoir essaie ainsi d’acheter des populations acquises à l’opposition, afin de montrer qu’il y a des nordistes ou des Baoulés qui soutiennent Gbagbo. Mais au fait, pourquoi ces populations devraient-elles lui être hostiles s’il n’avait rien à se reprocher?  N’importe quoi. Mais du n’importe quoi qui coûte beaucoup d’argent. De l’argent qui aurait pu servir à financer - justement – la sortie de crise.

Mais le butin du pillage organisé de notre pays ne sert pas qu’à ça. Dans nos cités, les "refondateurs" – roulent carrosse. Certains n’ont jamais travaillé de leur vie, mais tous se déplacent en 4x4 avec des soldats de la République comme gardes du corps, possèdent des immeubles, des entreprises spécialisées dans la fourniture de produits pétroliers et autres commerces, sans que rien ne puisse justifier une telle fortune. Leur seule occupation depuis l'accession de Laurent Gbagbo au pouvoir, a été l'incitation à la haine tribale et religieuse sur les antennes de la télévision nationale.  Discours raciste et xénophobe, incitation au meurtre, destruction des biens d'autrui, et autres crimes sont leurs seules sources d'enrichissement.  Combien de personnes n’ont-elles pas été spoliées de leurs biens, combien d’entreprises n’ont-elles pas été saccagées sous Laurent Gbagbo ? En récompense du service rendu au régime, il a plu des milliards de francs sur eux. Des milliards qui proviennent des caisses de la douane, du port, des mines, des plantations, etc. Des milliards qu’on refuse de déclarer, donc des milliards qui nous auraient également permis de conserver notre dignité.

Enfin, la force de paix des Nations unies, l’Onuci, vient de dévoiler une tentative de contournement de l’embargo sur les armes imposé à notre pays. Ainsi donc, pendant que le processus de paix est dit sur les rails, pendant qu’on entre dans la dernière ligne droite, Laurent Gbagbo – encore lui – trouve utile d’armer ses milices. Ou, plus précisément de renforcer leur armement. Car, les caches d’armes sont toujours éparpillées à travers Abidjan, tout comme les milices continuent d’être entretenues avec l’argent du contribuable. Le camp des mercenaires est en Zone 4 n’a jamais été fermé. Bref, aucun indicateur ne permet de dire que le régime minoritaire, illégitime et impopulaire de Laurent Gbagbo est engagé sur le chemin de la paix.

De l’autre côté de la ligne de fer, le désarmement des ex-rebelles qui devait commencer ce 2 mai, connaît des couacs. Le baiser de Judas de Gbagbo n’arrive donc plus à distraire tout le monde. Cependant, tout ceci aboutit au même résultat : le statu quo. Le désordre profite à ceux qui veulent maintenir dans l'opacité la gestion des deniers publics. Continuer à masquer les revenus du pétrole, du café, du cacao, de l'or, du diamant et autres richesses, et tendre la main à l’extérieur. Il faut le faire. Alors, est-ce qu'on ira effectivement aux élections le 30 novembre? Rien n'est moins sûr. Car comme dirait l'autre, on n'est pas sorti de l'auberge.

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Publié dans Politique

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