Abidjan: la rumeur propagée par le FPI tue
Depuis quelques mois, la machine à rumeur a repris du service à Abidjan. Le Front populaire ivoirien (FPI), parti au pouvoir, l'avait expérimentée en 2000 en semant la zizanie au sein de la population civile, pendant que ses soldats attaquaient l'armée régulière pour renverser le général Guéi. A l'époque, il était question de l'empoisonnement des réserves d'eau de la capitale économique. Ces derniers temps, donc - en fait, depuis que la communauté internationale a recommencé à faire semblant de s'impatienter devant les cabrioles de Gbagbo- les refondateurs ont fait ressortir l'arme qu'ils manient le mieux: la rumeur.
Voici le contenu d'un sms reçu sur des téléphones portables: "Attention. des hommes armés circulant à bord de véhicules 4x4 enlèvent les gens pour les tuer. Ils s'arrêtent à votre niveau et font semblant de demander des renseignements. lorsque vous vous approchez, des hommes en descendent pour vous obliger à monter avec eux. faites circuler ce message". Bien entendu,la police n'a jamais cherché à savoir d'où venait cette rumeur. Et comme si cela ne suffisait pas, des hommes et des femmes, apparemment respectables, véhiculent les mêmes rumeurs en jurant sur tous leurs dieux dire la vérité. Ils sont mêmes allés jusqu'à faire passer un jeune garçon à la télévision nationale à une heure de grande écoute pour raconter une histoire invraisemblable selon laquelle il aurait été enlevé par un homme qui lui a ensuite arraché les yeux!!!
Les rumeurs véhiculées à travers la capitale économique de Côte d'Ivoire sont montées selon le même scénario, il n'y a que les personnages qui changent. C'est toujours quelqu'un qui monte à bord d'un véhicule, personnel tout-terrains ou taxi, pour une raison ou pour une autre, qui découvre qu'il a affaire à des criminels non ivoiriens, lesquels prennent soin de lui dire dans les détail ce qu'ils vont faire de ses seins, de son sexe, de ses yeux ou de son coeur. A la fin du film, la personne réussit touours à s'échapper en se jetant hors de l'engin. Car il faut bien que l'histoire soit connue du public, n'est-ce pas...
La psychose s'est tellement bien répandue qu'à plusieurs reprises, les parents d'élèves ont envahi les établissements scolaires d'Abidjan pour en extraire de force leur enfants afin de les protéger. Et ce qui devait arriver arriva. Des individus à bord de véhicule 4x4 sont pris pour cible dans la commune la plus populaire d'Abidjan, Abobo: on relèvera des morts et des blessés.
A titre d'information, la machine à rumeur du FPI est composée d'un logiciel installé sur des micro-ordinateurs, et capable d'envoyer un message par sms à deux mille personnes à la fois. Vous avez dit agitateurs professionnels?